Un seul modèle, mais plusieurs stratégies possibles pour le faire vivre : c’est la principale conclusion de travaux conduits par trois chercheurs en sciences de gestion, qui peut aider les groupements à définir leur positionnement – et contribuer ainsi à leur dynamique et à leur pérennisation.
Si les atouts des GE sont de mieux en mieux connus et reconnus, ils peuvent être affectés par des « points de fragilité », selon l’expression de trois chercheurs – Matthieu Mandard et Anne Joyeau, de l’université de Rennes, et Sébastien Le Gall, de l’université Bretagne Sud. Dans une synthèse de leurs travaux, ils mettent en avant les risques associés à un « manque de sens commun donné au réseau ». En clair, l’absence d’une ligne directrice commune, définie conjointement et acceptée par les membres de l’association, et permettant d’éviter des logiques d’actions différentes, dans lesquelles chaque entreprise adhérente joue sa propre partition.
Plusieurs manières d’appréhender les groupements d’employeurs
En examinant la manière dont différents GE fonctionnent dans la durée et déploient leur offre de service, les experts ont mis en lumière quatre modalités privilégiées de mise en œuvre et de fonctionnement. Chacun, avec ses points forts et ses limites.
- L’adaptation aux cycles d’activité
Les GE mettent à la disposition des entreprises adhérentes des salariés dont les compétences servent à occuper des fonctions opérationnelles, de manière récurrente. C’est par exemple le cas des activités saisonnières.
- La mutualisation de compétences
Les groupements d’employeurs tirent dans ce cas parti de la proximité géographique – des entreprises adhérentes comme des salariés. Ils disposent d’un vivier de compétences qui s’inscrit dans le temps long, dont l’évolution peut être anticipée.
- L’accompagnement de la croissance
Les GE privilégient des besoins ponctuels mais importants, en phase avec des pics spécifiques d’activité des entreprises adhérentes. La formule se veut souple, pour s’adapter au rythme de développement de chaque membre.
- La gestion de la flexibilité
Le groupement vient soutenir l’activité cyclique des entreprises adhérentes, qui peuvent connaitre des changements brusques de niveau d’activité, plus ou moins anticipés. Les salariés mis à disposition représentent alors une précieuse variable d’ajustement.
Diverses modalités, avec leur lot d’avantages et de limites
Ces quatre objectifs possibles des GE ont intérêt à être précisés dès la constitution de l’association, pour bénéficier d’adhérents en phase avec le projet collectif. Chacun d’eux présente des spécificités à bien prendre en compte. Par exemple, dans le cas d’une logique d’adaptation aux cycles d’activité, le groupement d’employeurs représente un réel soutien administratif et RH aux entreprises (comme le recrutement ou la formation professionnelle), leur offrant des gains de temps et d’efficacité, voire leur apportant du conseil. En revanche, les salariés étants moins présents, ils peuvent se sentir moins impliqués.
Si la volonté est avant tout de mutualiser les compétences, les bénéfices sont plus importants. Les entreprises vont disposer de salariés présents dans la durée, familiers de la culture interne et de l’organisation du travail. Les collaborateurs mis à disposition acquièrent des compétences de façon accélérée grâce à de multiples expériences simultanées, et voient ainsi leur employabilité se développer.
Dans le cas d’une gestion de la flexibilité, le GE représente également une réponse pertinente, mais aussi un défi RH : l’adaptabilité attendue chez les salariés est d’autant plus marquée que les missions sont généralement ponctuelles, entraînant de potentielles difficultés d’intégration.
Dans un récent article de vulgarisation, les trois chercheurs expliquent que « les usages des GE sont multiples, non mutuellement exclusifs, et vont bien au-delà de leur vocation originelle. En les clarifiant, nous espérons permettre aux GE, tout comme aux institutions qui les accompagnent, de communiquer plus précisément sur les services qu’ils proposent, et contribuer ainsi à accroître leur visibilité. À l’heure où les entreprises cherchent à concilier flexibilité et stabilité de l’emploi, les GE constituent une réponse originale encore trop méconnue. »
